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SITUATION INTERNATIONALE
Préparation guerrière, reprise des luttes ouvrières :
les axes de la situation se précisent

La situation des USA en Irak, près de six mois après la fin officielle des combats, est rien moins que facile et confortable. Pas un jour ne se passe sans que des affrontements se déroulent entre les GI’s ou les troupes alliées des USA et des groupes de rebelles, de fidèles à Saddam Hussein, de radicaux islamistes ou autres, non clairement identifiés.

Le quotidien des massacres et des opérations de représailles les rend presque banals et les véritables enjeux de la situation tendent à passer au second plan derrière l’esbroufe de la propagande bourgeoise.

Voilà pourquoi il nous semble essentiel de revenir sur les déterminations cruciales de cette situation, de dégager une fois encore ce que sont les lignes de force qui dessinent le paysage des relations impérialistes dont la guerre en Irak n’est qu’une expression.

I - La nouvelle configuration

Au début de l’année 2003, le projet américain de guerre en Irak a déclenché au sein de l’ONU une véritable tempête. Pour la première fois depuis la naissance de cet organisme, en 1945, deux des principaux ‘alliés’ des USA se sont opposés ouvertement et de façon aussi intransigeante que théâtrale à une décision de celui qui fut le leader incontesté du bloc occidental et qui reste la première puissance mondiale.

Ce que nous avons désigné sous le terme d’‘axe franco/allemand’ - et qu'il vaut mieux appeler germano-français dans la mesure où l'Allemagne est la puissance impérialiste historiquement déterminante -et qui caractérise la logique d’entente de ces deux pays sur une ligne de défense commune de leurs intérêts impérialistes, a pris une orientation qui marque, et marquera pour longtemps, l’évolution des relations entre les pays impérialistes, qui dessine déjà une sorte de ligne de front et une configuration des rapports de forces entre puissances capitalistes.

Cette évolution ne vient pas du néant, elle ne tombe pas du ciel et on peut dire que, depuis notamment les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, la situation était grosse de cet affrontement. Nous écrivions dans notre bulletin n°14, voilà un an, en nous référant, d’ailleurs, à nos textes précédants :

"Les événements du 11/09/2001 marquent un bouleversement majeur dans la situation internationale. Depuis cette date, la bourgeoisie affiche clairement ses intentions de mettre à exécution la seule « solution » qu’elle connaisse à la faillite avérée de son système : la guerre impérialiste généralisée. Elle s’est même engagée dans un processus de préparation en vue de cette perspective, ce que nous avions déjà souligné dans nos bulletins (n°4 et 12)" (bulletin n°14, novembre 2002).

Ce sont bien ces attentats qui ont donné prétexte aux USA pour s’engager dans une affirmation – ou plutôt une réaffirmation – de leur domination contestée. C’est l’état de l’économie, la profondeur de la crise, révélée par exemple par l’affaire ENRON qui marquait la fin de la ‘bulle des valeurs technologiques’, qui contraint les bourgeoisies nationales à porter la concurrence économique à son point culminant, l’affrontement guerrier, et à son aboutissement logique, la guerre impérialiste généralisée !

Déclarant la ‘guerre au terrorisme international’ les USA se sont d’abord engagés en Afghanistan sous le prétexte de poursuivre leur ancien protégé Ben Laden. Là, l’ensemble de la ‘communauté internationale’ leur a apparemment emboîté le pas. Mais lorsqu’ils ont voulu pousser leur avantage et s’installer au Moyen-Orient de façon fixe et durable pour, à la fois contrôler la première région mondiale de production de pétrole et à la fois assurer une présence à la limite des républiques du sud Caucase, leurs anciens ‘alliés’ – et notamment les plus puissants d’entre eux – ont refusé de les suivre.

Et cela tout simplement parce que la même logique s’impose à eux, qu’ils sont tout aussi contraints de défendre leurs intérêts impérialistes, étant confrontés à la même logique de crise économique. Ils sont donc amenés à se préparer à la guerre, à orienter toute la société vers cette logique. Ce n’est pas autre chose qui explique l’attitude de l’Allemagne, de la France, de la Russie et de l’ensemble des autres pays au moment des palabres à l’ONU à propos de la guerre en Irak.

La cristallisation de cet axe germano-français ne peut être comprise que comme un pas dans la direction que nous signalions voilà un an ; un pas dans le sens de la préparation guerrière, une manifestation de la bipolarisation impérialiste du monde (nous y reviendrons plus bas). Et cela confirme notre analyse.

A côté de cela, comme nous le disions aussi dans nos analyses publiées dans les bulletins précédents, la bourgeoisie est aussi contrainte de porter des attaques considérables contre les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière et cela ne peut manquer de provoquer des réactions.

"Car ce n’est pas seulement d’une classe ouvrière «apathique » dont la bourgeoisie a besoin, c’est aussi et surtout une classe ouvrière totalement gagnée à la perspective guerrière qui lui est nécessaire. Une classe qui accepte le sacrifice quotidien de produire pour la guerre et qui renonce consciemment, délibérément à son unité d’intérêt par-delà les frontières pour prendre la défense, au prix de sa vie, du capital national qui l’opprime. […]

Le prolétariat conserve toutes ses potentialités de riposte aux attaques portées contre ses conditions de vie ; à plus forte raison si la bourgeoisie cherche à lui imposer une marche à la guerre forcée alors que la crise économique lui impose déjà depuis des années des sacrifices énormes et alors que les illusions véhiculées par tous les démocrates sur les possibilités d’un « monde meilleur » sous le règne du capitalisme et de la dictature bourgeoise tombent peu à peu, laissant la place à cette seule vérité : le capitalisme a fait faillite, il n’y a plus rien à attendre de lui" (bulletin n° 14).

Les luttes qui se sont déroulées au printemps dernier, dont l’épicentre a été la France mais qui ont aussi touché plusieurs pays européens, sud-américains, etc. (et qui avaient été annoncées par les luttes des ouvriers argentins un an auparavant) nous montrent clairement que la bourgeoisie devra faire face à des réactions du prolétariat.

Le côté inédit de la situation que nous évoquions dans un bulletin précédent et qui consiste en ce que la bourgeoisie, acculée par la crise économique, est de plus en plus contrainte de pousser l'ensemble de la société dans une marche forcée vers la guerre généralisée sans avoir préalablement éliminé, par une très lourde défaite, le seul obstacle à ses desseins barbares, la classe ouvrière, ce côté inédit, donc, a été illustré de la façon la plus spectaculaire par le fait que les rues de nombreuses grandes villes des pays centraux (en France, en Italie, en GB, en Allemagne, etc.) ont vu, à quelques semaines d’intervalle des manifestations contre la guerre puis contre les mesures d’austérité imposées par les gouvernements.

Il ne s’agit pas de s’enflammer hors de propos pour les manifestations anti–guerre qui, pour la plupart, étaient largement dévoyées sur le terrain du pacifisme et donc hors du terrain classiste. Par contre, les luttes ouvrières – qui ont secoué l'Europe au printemps dernier en riposte à des attaques économiques massives et frontales – représentent le signe clair de la reprise du combat ouvrier, et cela après un reflux d'une quinzaine d'années (1).

Cependant, la pression de la guerre, le redoublement des attaques économiques, le fait que ni l’une ni les autres ne sont près de s’arrêter ou même de ralentir et qu’au contraire elles vont s’accroître, leur quasi-simultanéité, tout cela ne peut, en perspective, pour la classe ouvrière, qu’être facteur de mécontentement, de combativité et de prise de conscience.

II - Evolution de la situation

Avec la guerre qui n'est pas prête de s'achever en Irak et ‘l’ordre démocratique’ qui ne progresse guère en Afghanistan, la situation qui se dégrade dans plusieurs républiques de l’ex-URSS (Géorgie, dernièrement), les interventions impérialistes de la France dans son pré carré africain ; avec les tensions qui se manifestent entre les différents pays de l’Union européenne, l’impuissance avérée des organismes internationaux (ONU, mais aussi, OTAN, OMC, UE, FMI, etc.) dès qu’un problème se pose ; avec le creusement des déficits budgétaires des différents pays impérialistes qui conduisent, par exemple, l’Allemagne et la France, principales puissances de l’UE, à violer les critères de Maastricht en la matière ; avec le bras de fer entre le dollar et l’euro qui commence à affoler les cambistes et les hommes politiques bourgeois ; avec la bataille feutrée qui se déroule entre les USA et certains de leurs anciens ‘alliés’ de bloc autour de la Chine et sans doute bientôt de l’Inde ; avec tout ça, donc, certains seraient tentés de rester au niveau empirique du constat et les zélateurs du ‘chaos’ et de la ‘décomposition’(2) ont beau jeu de faire étalage de leur incompétence politique.

A y regarder de plus près et surtout à analyser les choses d’un point de vue marxiste et prolétarien, les choses s’expliquent aisément sans avoir recours aux dérives idéalistes auxquelles le CCI actuel s’abandonne. Ce qui se dessine de façon de jour en jour plus claire derrière cette apparente confusion, c’est la confirmation du règne de l'impérialisme le plus débridé pour le capitalisme planétaire et auquel aucune de ses composantes n'échappe, avec une tendance à ce que cette situation s'organise à travers une bipolarisation (en vue de la formation de nouveaux blocs impérialistes, préalables à un affrontement guerrier généralisé) : d’un côté les USA qui s’efforcent de maintenir leur domination par tous les moyens à leur disposition et, de l’autre côté, la cristallisation d’un pôle rival autour de deux pays, l’Allemagne et la France (3).

Logique impérialiste

Depuis la fin de la guerre froide et des blocs impérialistes qui en découlaient, la position des USA se trouve historiquement affaiblie. Leader du bloc le plus puissant, leur position leur permettait d’imposer la discipline à des pays qui, sur le plan strictement économique, sont leurs concurrents les plus puissants (Allemagne, Japon, etc.).

La suprématie américaine garde toute sa réalité presque exclusivement sur le plan militaire où leurs anciens alliés, et aujourd’hui concurrents, ne peuvent pas prétendre rivaliser pour le moment – même en combinant leurs forces. Et les USA ne se sont évidemment pas privés, depuis maintenant plus de 10 ans, d’utiliser cette suprématie sur tous les théâtres d’opérations ; que ce soit au Moyen Orient, en Afrique et même jusqu’au cœur de l’Europe (lors des conflits de l’ex-Yougoslavie).

Les intérêts impérialistes des divers pays (notamment européens) se sont trouvés mis à mal par l’affirmation sans cesse renouvelée de la puissance US. D’ailleurs, le fait que cette dernière ait été amenée à faire usage de façon croissante de sa puissance militaire montre non seulement qu’elle entend maintenir sa suprématie au plan mondial, mais aussi que les puissances rivales, notamment celles qui ont de l'envergure ne l'entendaient pas de cette oreille et avançaient, elles aussi, leurs pions, au détriment des intérêts US évidemment.

C’est cette évolution des contradictions entre les intérêts impérialistes qui a amené l’Allemagne et la France à défendre de façon concertée leurs intérêts impérialistes qui, pour n’être pas identiques, se retrouvent du même côté face à la poussée US. Le rapprochement de deux des principaux pays européens n’a pas d’autre sens que la défense de leurs intérêts impérialistes respectifs dans un cadre commun.

Depuis que nous avons développé cette idée (qui a d’ailleurs suscité des désaccords de la part de groupes et individus du Camp Prolétarien) la situation s’est chargée de la valider. La ligne de front n’a fait que se matérialiser dans une multitude de points d’achoppement, d’oppositions et de conflits entre les USA et le couple germano-français.

D’abord, il est à noter que, dans la période qui a suivi les conflits à propos du vote à l’ONU de la résolution sur l’entrée en guerre, la plupart des pays ont intégré ce changement de la situation générale dans leur politique internationale. Et sans s’aligner sur la position germano-française (on devrait d’ailleurs dire germano-franco-russe, au moins !), ils ont pris leurs distances avec la première puissance mondiale ; cette prise de distances pouvant aller du refus de rejoindre la "coalition" sans le déclarer ouvertement dans la plupart des cas jusqu'à l'opposition déclarée et assumée. Ils illustrent le fait que l’orientation impérialiste du couple germano-français a été intégrée comme une donnée des relations impérialistes internationales. Bien sûr, nous n'affirmons pas que les intérêts de l’Allemagne d’un côté et de la France de l’autre coïncident de façon parfaite et permanente et on peut et doit s’attendre à des hiatus, des différents, voire à des crises. Mais ceux-ci ont peu de chance de remettre en cause la dynamique engagée, comme les faits le prouvent.

Ainsi, les déficits actuels des deux pays dépassant le fameux seuil des 3% du PIB et violant les critères établis à Maastricht (sous l’impulsion essentielle de l’Allemagne, il convient de le rappeler) leur a donné l’occasion de faire un véritable coup de force contre les règles de l’UE en faisant valoir leur rôle prépondérant en tant que fondateurs et piliers de l’Union. C’est aussi une façon de donner une orientation qui leur convient et répond à leurs intérêts impérialistes. Un éminent représentant français, lors d’une conférence intergouvernementale (CIG), a clairement défendu l’idée que les pays qui contribuent de façon décisive à la défense de l’Union en développant le secteur de l’armement dans leurs frontières devraient se voir accorder des dérogations dans l’application des critères de Maastricht (4). La bonne entente entre les deux pays est sans cesse affichée, à travers des actes symboliques la plupart du temps. Ainsi, le chancelier allemand a-t-il délégué Chirac pour parler en son nom lors d’une réunion de l’Union européenne, histoire de bien montrer que l’entente est parfaite et que personne ne pourra la rompre.

La solidité de cette entente est tellement reconnue parmi les autres pays, ses fondements paraissent tellement évidents pour les autres puissances, que des pays engagés au début dans l’aventure US commencent à se poser de sérieuses questions, voir à remettre leur politique en cause. L’Italie en est une illustration dans la mesure où elle risque fort, assez rapidement, de revoir ses engagements auprès des USA à la baisse et cela d'autant plus après les pertes qu’elle a subies lors d’un attentat contre sa base principale en Irak ; certains hommes politiques de la péninsule remarquent déjà que les USA ne sont pas capables de maîtriser la situation, n’assurent pas le minimum de protection pour leurs alliés et les laissent se débrouiller sans les tenir sérieusement au courant de leurs choix.

L’Angleterre même hésite fortement sur la politique à suivre ; et le grand écart qu’impose Tony Blair entre les intérêts Atlantiques et les intérêts européens tend à aller dans le sens d'une prise de distances avec les USA. L’Europe est le premier partenaire de la GB et cette dernière ne peut pas laisser ses deux principaux rivaux du continent continuer leur rapprochement sans risquer de se voir exclue. La participation de la GB au voyage en Iran aux côtés des représentants allemands et français est une illustration du fait que la bourgeoisie anglaise est prise entre deux feux, entre deux logiques contradictoires dans la défense de ses intérêts nationaux. Cette situation vaut pour de nombreux pays mais elle prend, à l’évidence, un tour particulièrement aigu pour la bourgeoise anglaise. Des fractions de cette classe penchent pour l’alliance inconditionnelle avec les USA et d’autres pour un rapprochement avec l’Allemagne ou la France. Nous le répétons : cette difficulté et ces hésitations valent pour de nombreux pays dans lesquels des fractions ou secteurs bourgeois défendent des points de vue opposés quant à la meilleure manière de défendre l’intérêt national. Les USA ou l’Allemagne ne connaissent pas – ou très peu – ce genre de dilemme. Leurs orientations impérialistes sont clairement définies (5). Cela est lié au fait que ces deux pays, pour des raisons historiques, économiques et autres, sont les deux protagonistes principaux de la bipolarisation du monde qui a franchi un pas considérable avec les suites des attentats du 11 septembre 2001. Ce phénomène en cours concerne tous les pays et chacun doit orienter la défense de ses intérêts impérialistes particuliers dans un processus de cristallisation de deux constellations opposées.

Au plan de la configuration impérialiste on a vu, au moment de la discussion sur la résolution à propos de l’Irak en janvier-février dernier, que l’ONU a été mise hors jeu. Cette organisation censée "gérer" les crises internationales et qui a, bon an mal an, rempli cette fonction pendant toute la période de la guerre froide, n’est plus l’outil adapté à la situation. Non seulement les pays en désaccord ne débattent pas de ce qui les opposent au sein de l’organisation et, au contraire, s’en servent comme d’une chambre d’échos et même un enjeu de leurs conflits, mais encore un pays qui n’obtient pas gain de cause devant cette assemblée passe outre et prend les décisions et mesures qu’il juge bonnes pour ses propres intérêts. A condition, cela va sans dire, d’avoir les moyens de puissance pour ce faire.

Dans cette même logique, on voit que l’Allemagne et la France, qui ne sont pas satisfaites des décisions de la Commission européenne à propos de leur non-respect des critères de Maastricht, violent les règles établies et font plier la dite commission. Les coups portés à l’OMC, à l’OTAN et à toutes les organisations issues de la configuration impérialiste de la période des deux blocs de la guerre froide montrent que cette configuration n’a plus cours ; que les rapports de forces ne sont plus les mêmes, que les règles établies pour la gestion des conflits de la période précédente ne valent plus. Tous ces organismes sont appelés à disparaître et ne font que se survivre en devenant le théâtre et même l'enjeu de conflits sur lesquels ils n'ont plus prise.

Il importe donc pour toutes les puissances impérialistes de se situer au mieux de leurs intérêts dans les structures agonisantes que sont l’ONU, l’OMC, le FMI et autres, afin de s’assurer le rôle et la place les plus favorables possibles. Tout en évitant de passer pour celui qui exécute la sentence que les faits ont prononcée contre ces structures. On doit donc s’attendre à ce que les organismes issus de la deuxième guerre mondiale - et de la guerre froide qui lui a succédé – ne continuent à vivre que comme le champ clos de rivalités entre puissances impérialistes.

Ces conflits illustreront et exprimeront la dynamique actuelle de préparation guerrière ainsi que les avancées de l’axe germano-français dans sa marche vers la constitution d’un pôle impérialiste alternatif à celui des USA.

Que l’on considère la situation au Moyen Orient où les Européens ont d’abord marqué leurs divergences avec les USA en envoyant une délégation en Iran sur la question du nucléaire et ont déclaré que Téhéran était sur la bonne voie puis ont ensuite avancé leurs pions à propos du conflit israëlo-palestinien, ou que l’on regarde la situation dans le sud Caucase où le projet américain de pipe-line Bakou Ceyhian est battu en brèche par la Russie appuyée par les compères germano-français, dans tous les cas on voit que des tensions, conflits ou guerres larvées, qui existaient parfois déjà, sont maintenant des points de friction entre les USA et leurs anciens alliés, notamment la France et l’Allemagne.

Une dernière chose mérite d’être relevée au plan des relations impérialistes. Si les USA ont, depuis le 11 septembre au moins, mis en avant le prétexte de la ‘guerre contre le terrorisme international’ pour mener leurs diverses aventures guerrières, on a pu voir les autres pays – et même ceux aujourd’hui les plus opposés aux USA – reprendre le même thème de la lutte contre le terrorisme que ce soit dans leur politique extérieure ou intérieure. Tous les pays se déclarent haut et fort contre le ‘fléau’ du terrorisme. Et tous identifient ce terrorisme international à la nébuleuse Al Qaïda et à son leader Ben Laden.

Outre le fait que ce monsieur Ben Laden a commencé sa carrière ‘militaire’ sous la protection de l’Etat US et de ses services secrets, on ne peut manquer de relever que la poursuite de cet ancien agent US est plutôt cafouilleuse et, surtout, que la logistique, l’organisation et les moyens mis en œuvre pour commettre les attentats les plus récents outrepassent de beaucoup les moyens que peut avoir une structure comme celle d’Al Qaïda, sans tenir compte du fait qu’elle est censée être poursuivie par toutes les polices du monde.

Dans les attentats qui ont pris pour cible des agents des services spéciaux militaires espagnols et italiens la première chose qui frappe c’est que pour réaliser ces attaques il fallait à la fois des renseignements très précis et à la fois des moyens matériels et logistiques conséquents. Les rebelles islamistes, les fidèles de Saddam Hussein, voir d’improbables membres d’Al Qaïda, n’ont pu obtenir par eux-mêmes les moyens matériels et surtout les renseignements particulièrement précis pour les commettre. Seules des puissances dotées de services de renseignements importants ont pu fournir les informations et l’appui logistique.

Si l’on regarde maintenant ceux à qui profite la remise en cause, par les deux pays victimes de ces attentats, de leur engagement aux côtés des USA dans le bourbier irakien, on peut aisément se faire une idée des sources probables de renseignements obtenus par les exécutants. En mettant en évidence le fait que les Etats-Unis ne maîtrisent pas la situation en Irak six mois après la fin officielle des combats, en prouvant qu’ils ne sont pas capables d’assurer la protection des agents des services spéciaux des pays alliés, c’est toute leur crédibilité qui est mise en question. Et cela même ne peut que renforcer la main du couple germano-français aux yeux de pays dont la première attitude avait été, au début de l’année, de se joindre à la coalition US. A l’avenir, ils seront sans doute enclins à mieux évaluer la situation de bipolarisation et l’obligation qui s’impose à eux de définir leur politique dans le cadre d’un monde structuré par l’opposition croissante entre deux pôles.

Nul doute, d’ailleurs, que le gouvernement US a tenu le même raisonnement et on peut penser que les réactions à l’occupation impérialiste française en Côte d’Ivoire bénéficient du soutien des services américains.

Pour les marxistes, et cela depuis longtemps déjà, le terrorisme est pour l’essentiel une affaire d’Etats bourgeois. Et, aujourd’hui plus que jamais, il est un des moyens de leur politique impérialiste. Qu’ils le dénoncent à grand fracas ne change rien au fait qu’ils en sont les « inspirateurs », voir les maîtres-d’œuvre et, de toute façon, les principaux bénéficiaires. Et, là encore, le clivage de plus en plus patent entre les USA d’un côté et le couple germano-français de l’autre, structure la politique et les positionnements de tous les pays au niveau impérialiste. Et ‘l’anti-terrorisme’ affiché par tous les pays n’est que la feuille de vigne derrière laquelle ils cachent tous leurs menées les plus sordides, leurs coups les plus tordus.

La situation économique

Nous avons déjà évoqué - notamment plus haut dans ce texte, mais aussi dans des articles précédents de notre bulletin - le rôle premier de la crise économique dans la situation. L’affirmation, par chaque puissance, de ses propres intérêts impérialistes renvoie, en dernière analyse, à ses intérêts économiques et aux menaces qui pèsent sur ceux-ci du fait de l’approfondissement de la crise économique. La fuite en avant dans la spéculation qu’a représenté la ‘bulle des valeurs technologiques’ exprimait d’abord la surproduction de capitaux en même temps que la difficulté pour ceux-ci de s’investir de façon rentable.

Ce type de fuite en avant a ses limites et, celles-ci atteintes, on a assisté à l’effondrement de groupes et de firmes de premier plan. Les scandales, dont celui de la société ENRON a été emblématique, sont l’expression du fait que le flot continu de capitaux lié à la fuite en avant dans la spéculation était tari. Tant que les capitaux circulaient à vive allure, tout allait bien aux yeux des financiers, des cambistes, des économistes ; mais quand le reflux a commencé, on a constaté les scories et les alluvions laissées par le phénomène. Elles étaient à la mesure de la folie boursière qui avait vu la multiplication des ‘start-up’. Les scandales du type d’ENRON, de Vivendi ou, aujourd’hui, de ‘Executive life’ ne servent qu’à masquer le fond du problème aux yeux des gogos. Le capitalisme est en crise de surproduction chronique et cette surproduction entraîne l’investissement de capitaux dans la spéculation ; la spéculation aboutit à son tour à la limite de son cycle et on se retrouve avec le même problème après qu’une partie des capitaux spéculatifs aient été détruits.

Le phénomène n’est pas nouveau en soi puisqu’il caractérise la nature des crises dans la phase de décadence capitaliste. C’est ici l’ampleur de ce phénomène et le contexte dans lequel il survient qui fait la ‘nouveauté’. On peut se faire une idée de la profondeur de la crise en voyant l’importance des sociétés en cause dans les faillites et les scandales ; mais surtout en se référant aux déficits des principaux Etats capitalistes (USA, France, Allemagne, Japon, etc, ). Tous les Etats capitalistes vivent au-dessus du gouffre de leurs dettes et déficits qu’ils ne peuvent que continuer à creuser à travers des mesures de relance et l’injection de nouvelles liquidités dans la machine… jusqu’au prochain soubresaut de la crise. Là encore c’est l’ampleur des dettes, des déficits et l’importance des mesures de relance qui distingue cette situation des précédentes.

Mais un autre facteur rentre en ligne de compte aujourd’hui.

Dans le cadre de la phase impérialiste du capitalisme, il va de soi que le rôle de l’Etat est de faire prévaloir les intérêts du capital national sur le marché mondial. Et l’Etat s’acquitte de ce rôle à travers ses interventions aux plans diplomatique, politique et surtout militaire. La profondeur de la crise d’un côté, avec la concurrence qui s’aiguise entre les différents impérialismes et, de l’autre côté, l’obligation pour les Etats de relancer l’économie nationale aboutit à une militarisation accrue de toute la société et l’orientation décidée vers la préparation directe à la guerre.

La concurrence de plus en plus âpre entre les différents pays débouche logiquement sur l’opposition ouverte des intérêts des uns aux autres. C’est le contexte dans lequel on se situe aujourd’hui. Que deux puissances aient résolu de se positionner ouvertement en contradiction avec les USA n’est que l’expression de l’exacerbation de la concurrence économique qui débouche sur les rivalités impérialistes ; lesquelles, à un certain niveau, aboutissent à l’opposition ouverte et, à terme, à l’affrontement direct, si le processus se développe jusqu’à son terme et si, surtout, la classe ouvrière n’y met pas un terme en engageant la lutte de façon résolue et au niveau requis.

Que l’Allemagne et la France aient été – et soient – en pointe dans cette logique s’explique par plusieurs facteurs : leur importance politique et économique, la possibilité qu’ont les deux pays de faire converger leurs intérêts impérialistes respectifs dans un cadre cohérent, le fait que ces intérêts soient particulièrement menacés par la politique US, la certitude qu’ils ont acquise que d’autres pays se joindront à eux (au moins dans leur opposition aux USA), etc.

La question, en premier lieu, est moins de savoir pourquoi ce sont les deux pays en question qui se sont ainsi positionnés, que de comprendre que dans un contexte où les oppositions impérialistes se font de plus en plus féroces, toutes les tensions et tous les conflits ponctuels et particuliers ne peuvent que tendre à se concrétiser et à se structurer en un système dans lequel deux groupes de pays s’affrontent. Cette logique est ouvertement engagée depuis maintenant deux ans environ.

Et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’évolution de la situation économique. La cristallisation d’un axe germano-français est, bien sûr, le résultat de l’accélération de la crise économique et des options impérialistes que celle-ci impose. Mais, en retour, l’entente entre les deux pays induit des options face à la crise économique. On ne peut pas ne pas évoquer, à ce propos, le lien entre le forcing de l’Allemagne et de la France sur les critères européens en matière de déficit et les programmes de relance économique qui sont tous directement ou indirectement liés à la préparation guerrière : programme d’armement européen, satellite Galileo visant à doter l’Europe d’un concurrent au système américain (Argos), soutien au groupe Alstom dont on connaît l’importance de certaines branches dans le secteur des missiles et autres types d’armements, etc.

A l’image de ce que font les USA, les deux pays européens poussent leurs partenaires à s’engager dans une relance en finançant par le creusement de la dette les secteurs liés à la guerre.

La bataille monétaire autour de la concurrence dollar/euro suit exactement la même logique. C’est à dire qu’il ne s’agit pas seulement d’une opposition entre deux monnaies de référence au plan mondial ; il s’agit aussi de l’affrontement entre deux entités qui s’efforcent de marquer leur suprématie dans la finance internationale. Quand on sait, par exemple, que la Chine détient un tiers de la dette publique américaine, donc qu’elle détient des monceaux de dollars, on comprend l’intérêt que portent les européens à ce ‘marché chinois’. Qu’une partie seulement des réserves détenues par la Chine le soient en euros au lieu de l’être en dollars et c’est un coup dur pour l’économie US, c’est un pas fait par le pôle européen dans le contrôle du marché chinois et dans son rapprochement au niveau impérialiste, au détriment des USA. On peut signaler au passage que, là encore, c’est bien une logique de bipolarisation qui est à l’œuvre (6).

Le sort de la classe ouvrière

Nous venons d’évoquer les tensions impérialistes qui se concrétisent en préparation guerrière, puis la crise économique. Ces deux aspects de la situation ont, à l’évidence, des conséquences pour la classe ouvrière.

Les effets de la crise se manifestent toujours, pour la classe ouvrière, par le blocage ou la diminution des salaires, par l’aggravation des conditions d’exploitation, par le chômage, la dégradation des conditions de vie, etc. Ces effets sont à l’œuvre et les ouvriers les subissent de plus en plus fortement. Les luttes ouvrières que l’on a vu se développer dans plusieurs pays européens au printemps dernier étaient en réaction à des attaques similaires sur l’allongement de la vie de travail avant de bénéficier d’une pension, sur la baisse de ces pensions et sur ce type de mesures visant à accroître le degré d’exploitation des prolétaires. Ces mesures (qui, nous le répétons, ont aussi touché des pays autres qu’européens) ont été discutées au sommet européen de Barcelone en 2001. Il y a donc bien, et depuis plusieurs années au moins, des orientations et des politiques communes dans ce domaine. D’autres sommets ont aussi pris des décisions sur d’autres aspects de la vie sociale ; la lutte contre l’immigration notamment. Il faut comprendre par là l’aggravation des conditions de ces secteurs de la classe ouvrière déjà particulièrement dramatiques puisque peu après des informations ‘filtraient’ selon lesquelles les pays européens seraient bientôt en déficit de main d’œuvre et qu’il faudrait faciliter la venue d’ouvriers d’autres pays. En clair il s’agit de disposer les barrières et les lois qui permettront au capitalisme et à ses Etats de se procurer à moindre coût de la main d’œuvre venue de pays pauvres tout en maintenant l’ordre nécessaire à la bonne marche des entreprises et des affaires.

Il s’agit bel et bien d’une attaque supplémentaire contre la classe ouvrière même si, dans ce cas, ceux qui sont d’abord visés ne sont pas des ‘nationaux’, des ‘autochtones’. La classe ouvrière d’un pays ne peut pas prétendre se défendre contre le capitalisme si elle n’est pas en mesure de prendre en compte ses secteurs les plus ‘fragiles’ du fait de leur situation au regard de la loi bourgeoise.

Ces mesures contre le secteur ‘émigré’ de la classe ouvrière ont aussi un autre sens ; celui du contrôle et de la répression à l’égard de l’ensemble de la classe ouvrière. Dans le cadre d’une militarisation de plus en plus ouverte et revendiquée de toute la vie sociale, ce type de mesures est un avant-goût, ou plutôt en l’occurrence un exemple, de mesures que l’Etat prend et prendra pour assurer son emprise et son contrôle sur l’ensemble de la société ; condition requise dans la perspective d’une marche à la guerre.

Il est bien sûr impossible de distinguer, dans les mesures prises contre la classe ouvrière, ce qui relève des conséquences de la crise économique de ce qui relève de la préparation guerrière. Ce que l’on peut dire c’est que les deux causes s’ajoutent et qu’elles vont de plus en plus constituer un facteur de prise de conscience pour les ouvriers et un axe d’intervention incontournable pour les minorités révolutionnaires.

La reprise des luttes qui s’est manifestée au printemps a montré une classe confrontée à la difficulté de dépasser le barrage syndical. Les tentatives dans ce sens que l’on a pu observer, notamment en France (voir nos analyses et prises de position dans les bulletins précédents), montrent que la classe ouvrière commence à sortir de son apathie et à se poser les vraies questions : prise en main de la lutte et de son extension, dégagement de l’emprise syndicale, extension et unification des luttes, etc. Les attaques que la bourgeoisie sera amenée à multiplier et à intensifier dans la période qui vient ne pourront que déboucher sur de nouveaux combats dans lesquels les ouvriers retrouveront les expériences faites durant le début de cette année. Il incombe, bien sûr, aux minorités révolutionnaires de tirer le bilan le plus clair et le plus précis possible afin d’être des facteurs actifs dans les luttes à venir pour les porter au maximum de leurs potentialités. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire à propos des luttes du printemps et c’est ce que nous continuerons de faire.

Mais ici, ce que nous voulons marquer c’est que plusieurs articles, textes et prises de position de groupes du milieu politique nous semblent être des apports intéressants et importants pour la compréhension de la situation et donc pour la façon dont les minorités révolutionnaires doivent se situer et intervenir dans leur classe. Nous n’avons pas pu, dans ce texte, nous prononcer sur ces documents, souligner ce avec quoi nous sommes en accord et critiquer ce qui nous semble faux. Cela fera l’objet d’un prochain texte (ou de prochains textes, vu l’abondance de la matière) que nous publierons prochainement.

En attendant, il nous semble significatif et particulièrement positif que ces groupes politiques, ainsi que plusieurs ‘militants non-organisés’, se penchent sur la situation actuelle et en discutent ensemble car il y va, plus que jamais, de l'intérêt de notre classe pour ses inévitables combats à venir.


Au moment de publier ce bulletin, les médias font battage sur deux faits dits « majeurs » : l’arrestation de Saddam Hussein et le prétendu ‘échec’ de la constitution européenne. Nous ne pouvons donner ici qu’une première appréciation de ces faits mais il nous semble essentiel de clarifier plusieurs points :

- la présentation par la presse bourgeoise de l’arrestation de Saddam Hussein comme un « rebondissement important dans la situation », comme une « victoire de la politique US », comme un « événement majeur, historique » ouvrant la voie à une résolution de la situation, tout cela n’est que propagande. Soyons clairs : les facteurs qui déterminent les fondements de la situation aujourd’hui, c’est-à-dire essentiellement la rivalité grandissante entre les grandes puissances (la bipolarisation) sont bien toujours présents et déterminants dans cette situation.

En effet, il suffit de voir le bonhomme hirsute qui nous est présenté sur toutes les chaînes de TV pour comprendre qu’il ne peut être le commanditaire ou l’organisateur des attentats et attaques perpétrés depuis des mois. D’autres que lui ont décidé de ces attentats, les ont organisés, les ont ciblés. C’est ailleurs que les ficelles sont tirées, par des Etat impérialistes qu’ils soient petits, moyens, manipulés ou non ;

- concernant le sommet de Bruxelles consacré à l’adoption de la Constitution européenne, les choses sont, en général, présentées à front renversé. Le fait que les 25 Etats composant l’actuelle Union Européenne n’aient pas abouti à l’adoption d’un compromis sur les règles devant régir leur mode de fonctionnement institutionnel nous est montré comme un terrible revers voir, pour certains, comme le signe de l’impossibilité, pour le vieux continent, d’exister face à la puissance US.

L’Union européenne (et avant elle la CEE et autres sigles), depuis qu’elle existe, fonctionne sur le mode des compromis boiteux. Si une chose doit être relevée à propos de ce sommet de Bruxelles c’est bien que le couple germano-français ne veut plus de ces compromis ; il a fait un pas fantastique dans le sens de son renforcement et de son influence sur le continent.

Refusant les exigences de l’Espagne et de la Pologne, le couple G/F a d’abord clarifié les choses en mettant en avant la possibilité de ‘groupes pionniers’ ; la possibilité de s’entendre entre quelques pays pour avancer dans le sens de leur choix. Mais encore, ils sont parvenus à s’associer la Grande Bretagne sur le plan de la défense, ce qui a été entériné par les 15. D’autres décisions de ce type vont dans le même sens.

Ainsi, ce qui est présenté comme un ‘échec’ de l’Europe ne peut être compris, in fine, que comme une avancée du couple germano-français, un accroissement de la bipolarisation.

La fraction, novembre-décembre 2003



1. De cette reprise on ne pouvait pas attendre, dès ses premières expressions, une prise en mains des moyens de lutte par les ouvriers ni une extension maîtrisée par les organismes indépendants de l’emprise syndicale. Il n’empêche que les potentialités de ces dernières luttes étaient bien réelles et que la responsabilité des minorités communistes était de pousser ces potentialités et, pour ce faire, d’être partie prenante. Des groupes politiques du MPP, seul le CCI ne l’a pas compris et a déserté le combat. Voir nos analyse dans nos bulletins n°20 et 21.

2. Nous avons nommé le CCI actuel. Voir à ce propos le bulletin n°21, par exemple.

3. Il est important de souligner que le mouvement marxiste, au moins depuis le début du 20ème siècle, a défendu cette vision ; et c'est ce qu'exprime, de façon limpide, Rosa Luxemburg en 1915 dans sa "Brochure de Junius" :
"Dès lors, il était clair pour tout le monde :
1- que cette guerre de tous les Etats capitalistes, les uns contre les autres sur le dos des peuples d'Asie et d'Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s'abattre en retour sur l'Europe sous la forme d'une terrible tempête, d'autant plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme contrecoup une intensification de la course aux armements en Europe ;

2- que la guerre mondiale éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles et changeantes entre les Etats impérialistes trouveraient un axe central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle ils puissent se condenser temporairement. Cette situation se produisit lorsque l'impérialisme allemand fit son apparition."
Ainsi, elle ne met pas seulement en avant la multiplication des "oppositions partielles" avant et pour que la guerre mondiale n'éclate mais aussi et surtout l'indispensable apparition d' "une opposition forte et prépondérante" (la bipolarisation), en l'occurrence à travers l'affirmation de l'impérialisme allemand à la fin du 19ème siècle face à l'impérialisme dominateur qu'était la GB.

4. L’impérialisme français, historiquement, est probablement un de ceux qui, parmi les puissances moyennes, a une présence et exerce une influence des plus importantes. Le système de défense français est sans doute le plus ‘indépendant’ des USA parmi les pays de l’ancien bloc US. Il en va de sa capacité à défendre ses intérêts dans le monde. La bourgeoisie française entend bien faire valoir cet atout dans la concurrence au sein de l’UE. Elle essaiera même de renforcer sa main.

5. En France, les secteurs de la classe dominante défendant une autre orientation (rapprochement avec les USA, prise de distance avec l’Allemagne) existent mais de façon ultra minoritaire. La défense de l’intérêt national et de l’influence impérialiste du pays sur la scène mondiale passe obligatoirement par une opposition avec les USA.

6 La Chine est ‘l’usine du monde’ selon une expression consacrée, cela signifie simplement que le coût du travail des ouvriers chinois est inférieur de beaucoup à celui des ouvriers des autres pays et que toutes les entreprises capitalistes ont tendance à ‘délocaliser’ un maximum de leurs activités vers ce pays. En exploitant une main d’œuvre meilleur marché, ces entreprises peuvent être concurrentielles sur le marché mondial. Le fait que l’Etat chinois investisse le produit de son excédent commercial en monnaie US (en l’espèce en achetant de la dette américaine, surtout), confère aux Etats Unis une position favorable pour leurs entreprises sur ce marché. Mais la politique US consistant à jouer la baisse du dollar par rapport à l’euro pour rendre l’économie américaine plus compétitive pose à la Chine la question de la dévalorisation de ses réserves. Elle est donc tentée – et elle a commencé à agir dans ce sens - de changer une partie au moins du libellé de ses réserves ; en gros de revendre des dollars pour acheter des euros. Cela ne ferait pas que donner du lustre et de la réputation à la monnaie européenne ; cela aurait surtout pour conséquence de favoriser la pénétration des entreprises européennes sur le marché chinois et de s’attribuer une plus grande partie de la force de travail à faible coût de ce pays. En outre, ça permettrait à d’autres pays que ceux des zones dollar et euro de commercer avec la monnaie européenne et donc de se dégager un peu de l’emprise de la monnaie US. Il est fort probable que les monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, EAU, etc.) et divers pays pétroliers verraient d’un bon œil la possibilité de diversifier les devises dans lesquelles ils détiennent leurs réserves.


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